Abuja : « Une fête sans alcool est une sauce sans saveur »

On dirait un moment de recueillement durant la journée internationale du travail à Abuja. La musique religieuse s’impose. Déception avérée d’un « mapaneur ».

 

Ça n’arrive pas tous les temps. Passer une fête hors de son pays de résidence habituelle. Nous sommes bel et bien le 1er mai. C’est jour férié. Quoi de plus normal d’être au repos. Nos pousses-pousses également. Comme dirait quelqu’un, on fait comme les autres. On s’arrime au fonctionnement des travailleurs des temps modernes. Je suis couché tranquillement dans ma chambre. Plus à l’hôtel. La couleur du temps ayant changé. En bon solitaire, j’affronte, au scrabble, mon ordinateur. La fessée est mémorable (350 points contre 68 à mi parcours) quand on frappe à ma porte. C’est une voix féminine. Comportez-vous hein, c’est ma « sister » de la maison. « Oncle, on te demande ici », me dit-elle respectueusement. C’est ça la particularité du Nigeria. Le respect. Même si tu n’as rien, on reconnait au moins ton droit d’ainesse. Deux gaillards m’attendent à l’extérieur. Dans la cours de la concession. Mon « frangin » de la maison et son ami. Ils vont me faire visiter la cité un jour de fête. « Tu verras qu’il y a l’ambiance à Abuja plus qu’au Cameroun », me disent-ils. Un défi en pleine matinée. Connaissant mon Cameroun, je me demande bien ce que je vais voir.

Plus de deux kilomètres de marche déjà. Mes craintes se dissipent pour céder la place à un sourire narquois. Donc c’est ça que mes « gardes de corps » appellent fête ? Ahahahahah. Heu Cameroun… vient toi-même voir la magie. Petite présentation : Les abujanais se comptent au bout des doigts dans les rues. On dirait qu’ils avaient été interdits de sortir. Les rares espaces commerciaux ouverts sont sans clientèles. Les commerçants assis à l’entrée se rongent les pouces en écoutant d’une oreille les musiques chrétiennes qui ravissent la vedette au silence. Mon frère, c’est la veillée mortuaire ? Une chose manque depuis que nous marchions. Cette belle ambiance de bars de la rue de la joie de Deïdo à Douala ou du camp Sonel d’Essos à Yaoundé. Pas d’Alingo, d’Azonto, de Bikutsi, Makossa, Coupé décalé ou de Rn’B. Hum. C’est vrai qu’on n’est pas dans la cour du roi Pétaud ici. Mais ça manque. « Le soulevez kaba », les bières coulant à flot et du beau (bon) poisson vivant ses dernières heures de pénitence sur des braises ardentes. C’est ça la fête au Cameroun. « Ça boit bien, ça mange bien et ça danse beaucoup ».

Si c’est ça la fête, s’écrient en chœur mes amis, vous êtes tous des alcooliques chez vous. Merde. Quelle offense et quel délire à les entendre. Qui a dit qu’allez au bar, boire et danser signifie qu’on est alcoolique ? Je vous explique un peu cette particularité des jours de fête ou non au Cameroun. Le bar est d’abord un lieu où tout le monde s’y retrouve. Heureux. Travailleurs et chômeurs, chrétiens et « certains musulmans », mariés et célibataires, bamiléké, Bulu, Béti, Sawa, Bassa, Fulbé, Eton…se côtoient allègrement. Ils se partagent des histoires, ont la primeur, avant les médias, des dernières news, se font des connaissances. Les « tournées » se succèdent sans protocoles et respects comme dans les enceintes « 3, 4 ou 5 étoiles ». Les bars sont le vrai Cameroun profond, le Cameroun en miniature où les visages se froissent parfois quand il faut payer les factures. Pour un jour comme le 1er mai, on te dira au secteur qu’une « fête sans alcool est une sauce sans saveur ». Hé mes potes, les Abujanais ont encore besoin d’une formation, chez les camerounais, en matière de fêtes. En attendant, continuons notre marche !

Frank William BATCHOU à Abuja

Rédigé le 2 mai 2013

Frank William Batchou

Jeune camerounais dynamique et travailleur. Homme à plusieurs casquettes : Journaliste, Blogueur, Social media, manager de l’artiste PAPY ANZA et co-founder de F Square Corporation

7 pensées sur “Abuja : « Une fête sans alcool est une sauce sans saveur »

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