« Francis Bebey fait partie des pionniers de la musique électronique »

Kidi Bebey, la fille du feu célèbre ARTISTE Francis Bebey, journaliste et auteure du livre « Mon royaume pour une guitare » revient sur l’être exceptionnel qu’était son père, seize ans après son décès. Interview réalisée lors de l’édition 2017 de « Lire à Douala ».

Votre père a été écrivain, musicien, anthropologue, journaliste, administrateur de l’Unesco, musicologue. Alors qu’on vient de célébrer les quinze ans de sa disparition, que retenez-vous de lui ?

En tant que sa fille, je ne le voyais pas comme un homme de scène uniquement et du monde public. Je le voyais du point de vue de l’intimité et je pense que c’était un vrai créateur c’est-à-dire quelqu’un qui cherche quelque chose dans l’obscurité. Il ne sait pas très bien ce qu’il cherche mais il avance quand même. Il avance comme dans une sorte de tunnel, à la recherche de quelque chose, d’une magie ; en l’occurrence pour lui, c’était des sons assemblés pour faire des mélodies. C’était des mots assemblés pour faire des textes.

Votre dernier ouvrage est intitulé « Mon royaume pour une guitare ». Pourquoi un tel livre ? Est-ce votre ultime hommage à l’homme exceptionnel et admirable qu’il était ?

Je dirai qu’il est à prendre comme un livre qui parle d’une génération. Je parle de mon père mais je parle de la génération des étudiants africains boursiers arrivés en France dans les années 50 et qui vont inventer une génération initiale qui a très peu de références et qui doit s’inventer. C’est de ça que je voulais témoigner. Et aussi témoigner des choix d’un homme, en l’occurrence mon père, qui décide de se transcender à un moment donné, peut-être parce qu’il est à distance de son pays d’origine, donc un peu à distance des injonctions familiales ou collectives qui peuvent y avoir, qui s’abstrait de tout ça pour faire ses propres choix professionnels, qui va décider de quitter son travail de fonctionnaire international pour se lancer dans la musique. Ce choix pour moi est fondamental. Est-ce qu’on ne doit pas vivre notre vie, même si elle ne ressemble pas à celle que les autres auraient choisie ?

Francis Bebey, bien que certains romans aient été inscrits au programme scolaire reste encore une énigme pour une partie des jeunes au Cameroun. Comprenez-vous cet état de fait ?

Il y a beaucoup de figures de personnalités diverses camerounaises qui restent des énigmes pour les jeunes d’aujourd’hui. Je pense qu’il est important qu’on garde cette mémoire des écrivains contemporains qui disparaissent. On n’a peut-être pas des lieux institutionnels de conservation du travail de chacun. Un Eboa Lotin, on devrait avoir toutes ses œuvres numérisées et accessibles au public. Un Francis Bebey, c’est pareil ; ainsi de suite pour beaucoup d’artistes et de créateurs  divers. Je pense que c’est important et j’avais aussi besoin d’écrire ce livre pour ça. De dire : voilà des gens qui ont laissé des traces. Si des plus jeunes ne le savent pas aujourd’hui, il faut qu’on le leur apprenne parce que ce sont leur base en quelque sorte. Ce sont des gens qui leur permettent de se projeter et de dire : moi aussi, je peux faire, moi aussi, je peux devenir. Je trouve ça déplorable qu’on ne sache plus que le nom de Francis Bebey résonne dans une certaine génération. Toute cette génération et ses créateurs de cette époque. C’est important qu’on sache qu’on a une histoire, avec des gens remarquables reconnus dans le monde entier.

Croyez-vous que son œuvre musicale a fait des émules ? Comment ?

Je dirai oui. Il y a des artistes qui se reconnaissent dans ce qu’il a fait, dans sa démarche ; partant de l’ancienne à la nouvelle génération. Même les gens qui ne sont pas des Africains. C’est le cas d’un producteur français de musiques électroniques qui m’a fait signe en me disant que Francis Bebey fait partie des pionniers de la musique électronique dans les années 80. Et ça, les Camerounais ne le savent pas forcément.

Entretien réalisé par : Frank William Batchou

 

PS : Né en 1929 à Douala, Francis Bebey est décédé le 28 mai 2001

Frank William Batchou

Jeune camerounais dynamique et travailleur. Homme à plusieurs casquettes : Journaliste, Blogueur, Social media, manager de l’artiste PAPY ANZA et co-founder de F Square Corporation

3 pensées sur “« Francis Bebey fait partie des pionniers de la musique électronique »

  • 18 août 2017 à 10 h 51 min
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    Bel article Franck. De cet interview Je note juste cette phrase, une interrogation que je me fais au quotidien. <> .
    Francis Bebey dans son choix certainement choquant pour ses proches du bercail , a su vivre son rêve d’artiste écrivain et musicien.
    Et la problematique sur ll’épanouissement qui refait surface ?

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    • 18 août 2017 à 11 h 18 min
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      À nous de mettre en lumière nos valeurs et notre histoire Atome

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