Pousseur malgré moi à Abuja

C’est dur d’y croire. Pourtant, c’est bel et bien arrivé. Le sourire de cette femme sexy m’a obligé, tendrement et poliment, à tenir le guidon d’un pousse-pousse (porte tout). Comment c’est arrivé…


La vie est un combat ! M’a dit un jour, de son vivant, mon grand-père. Au Nigeria, j’ai combattu ce combat. Ceci est mon histoire. La tienne aussi. Hihihihih !!! Tu pensais qu’on t’avait oublié ? Nonnn ! Ce n’est pas possible. Elle est particulière comme ce sourire doux, féminisé et attirant qui m’a transformé en pousseur pendant quelques jours. Yes Naija ! Yes Abuja ! J’aurai tout vu, entendu et même vécu ici avant de rentrer au bled. Cette histoire doit rester un secret entre toi et moi. Pardon, ne dit à personne. Ça ne doit pas devenir comme le secret africain de « Souzoua Lengué » des Magic System hein ! Je sais que tu te rappelles (très bien) de la chanson.

Sept jours ? Cinq ou trois jours ?… Je ne me rappelle plus exactement. Ce n’est pas grave. Une chose est sure, quelques jours se sont écoulés après ma renaissance à Abuja. Ekiéé ! Je t’ai dit l’autre jour que j’étais « né de nouveau »l’a pas nor ? J’attendais impatiemment le miracle de papa God. Le seul qu’on puisse espérer en temps de galère, c’est une pluie des Nairas sur soi. En vérité en vérité, je vous le jure, la vie devenait de plus en plus dure. Surtout qu’ils ne m’ont pas dit au départ que mes FCFA étaient inférieurs à leurs Nairas. J’aurais certainement renoncé à ce voyage « kamikaze ». C’est-à-dire sans véritable moyens de bords. Il a fallu faire un tour à la bourse d’échanges du Nigeria (les hôtels) pour découvrir la triste réalité. Arrêtez donc de salir les billets de tonton Goodluck Jonathan au quartier. Comme je disais, j’attendais le miracle en priant d’ailleurs. Toujours rien ! « Aïe, Abuja c’est chaud, c’est chaud ! ». Dans l’évangile selon Frank William (ma propre Bible quoi), je découvre ce passage (que je partage avec vous) : « Le miracle que tu attends (le dernier du genre) s’est produit dans l’ancien testament. Bat-toi mon fils ». Sur le coup, j’ai cru que ma dernière heure sonnait ainsi.

Mon cerveau a débuté à réfléchir à une vitesse exponentielle. Idem à celui de Michaël Scofield, le pentium H, de la série Prison Break. J’ai opté pour le retour au bercail. C’est compliqué. Il y a des pénalités à payer avant d’embarquer. Où vais-je prendre de l’argent maintenant ? La java a fini ce que j’avais dans les poches. Muna for tété est subitement devenu muna for nguémé ! Je me rends donc compte que cette fille sexy m’a bien eu avec son sourire. Tu veux savoir de qui il s’agit ? No worry, je vais tout te dire. Elle s’appelle Nadia. Le seul prénom… que j’ai pu obtenir d’elle. Cette fille à la beauté ravageuse vent les billets d’avion. Toujours souriante comme si elle était née quand on faisait le partage. Quand tu es beau, elle double la mise du sourire. Je voulais un billet aller-retour pour une semaine. Nadia m’a convaincu de prendre un mois pour plus de prudence. Vu ce que j’allais pour un problème personnel. « Si tu finis avant, tu signales juste et on te trouve une place dans le prochain vol », m’avait-elle dit. Sans vérifier et sans glisser, un gars est tombé. Ploumb !! Aujourd’hui, je mesure les conséquences de ce sourire ravageur que j’observais au lieu d’écouter attentivement.

Rentrer serait l’idéal. Mais… Résurrection oblige. Les cinq commandements de la vie me revienne à l’esprit : « 1- Né dans un taudis, tu ne dois jamais l’oublier ; 2- Grandi dans les « élobis » sans maladie et c’est une grâce ; 3- Pêcher les silures dans les zones marécageuses était ton hobby favori ; 4- User du pousse-pousse (porte tout) pour avoir ton paix quotidien ; 5- Ton succès dépendra de la quantité de sueur qui coulera de ton front ». En tournant en rond dans le secteur, je tombé sur un pousse-pousse avec dix bidons de vingt litres chacun. C’est décidé. Je livrerai de l’eau dans les ménages comme les autres jeunes. Une livraison vaut 200 Nairas. Ce n’est pas beaucoup. Ce n’est non plus rien. Pour gagner 5000 Nairas en fin de la journée (et reverser 3000 Nairas au propriétaire du pousse-pousse et bidons), il faut damer le pion aux « patriarches » du secteur de Kuje où je travaille. Ce sont les haoussas. Malgré leur regard dévastateur de guépard affamé en mon endroit, j’ai réussi le pari. Je me suis imposé comme tout bon camerounais et j’ai pris goût. Je vais encontre patienter ici. Le temps de mieux faire mon pousse-pousse et gagner encore un peu d’argent. On ne sait jamais de quoi est fait demain. Et à grand jamais, je n’oublierai ce sourire envoûtant de Nadia qui m’a obligé à prendre le guidon du pousse-pousse à Abuja. A bientôt !

Frank William BATCHOU

A Abuja (Nigeria)

 

Merci à Marc Antoine T., jeune camerounais devenu livreur d’eau depuis deux ans à Abuja, qui m’a facilité la réalisation de cet article.

NB : Ce texte a été écrit le 29 avril 2013 lors de mon séjour à Abuja au Nigeria

Frank William Batchou

Jeune camerounais dynamique et travailleur. Homme à plusieurs casquettes : Journaliste, Blogueur, Social media, manager de l’artiste PAPY ANZA et co-founder de F Square Corporation

5 pensées sur “Pousseur malgré moi à Abuja

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